Transformer les phares d’un SUV en projecteur de cinéma couleur : l’idée peut faire sourire, mais elle révèle une tendance de fond. La voiture électrique n’est plus seulement un moyen de transport : elle devient une plate-forme énergétique et numérique, capable d’alimenter des appareils, d’afficher des informations sur la route et, demain, d’interagir davantage avec la maison.
Ce que les constructeurs (et équipementiers) cherchent à prouver
Le sujet vient d’un modèle chinois utilisé comme vitrine technologique. Sur le SUV Aito M9, Huawei a fait évoluer une fonction déjà vue sur certains véhicules : une matrice de LED dans les optiques qui peut projeter des informations au sol ou sur la route (guidage, pictogrammes, animations). La nouveauté mise en avant pour la version 2026 : une résolution améliorée et surtout l’ajout de la couleur, avec l’ambition assumée de projeter de la vidéo sur un mur… comme un mini drive-in.
Pris isolément, l’usage « cinéma en plein air » ressemble à un gadget. Pourtant, ce type de démonstration sert un objectif : prouver la finesse de contrôle de l’éclairage (pixel par pixel), la puissance de calcul embarquée et l’intégration logiciel-matériel. Autrement dit : montrer que le véhicule peut faire plus que rouler et éclairer.
La question pratique que peu de gens posent : ça coûte combien en autonomie ?
La projection vidéo via des optiques LED (ou laser sur d’autres systèmes) consomme de l’énergie. Ce n’est pas forcément énorme à l’échelle d’une batterie de traction, mais ce n’est pas non plus gratuit. Le point important pour un particulier : tout accessoire branché ou toute fonction activée se paie en kilowattheures. Un film d’une heure, une glacière, des lumières d’ambiance, un chauffage stationnaire… tout cela vient de la même réserve d’énergie qui sert à se déplacer.
C’est là que le raisonnement « énergie embarquée » devient intéressant. Avec une voiture thermique, faire tourner un moteur pour alimenter des appareils est bruyant, inefficace et coûteux. Avec une voiture électrique, la batterie est déjà là, silencieuse, et la conversion est plus simple. Cela rend crédibles des usages ponctuels : camping, bricolage, événement, voire secours.
V2L, V2H, V2G : derrière le gadget, un vrai sujet énergie
Beaucoup de modèles proposent déjà le V2L (Vehicle-to-Load) : une prise 230 V (via adaptateur) pour alimenter des appareils. Certains écosystèmes vont plus loin :
- V2H (Vehicle-to-Home) : la voiture peut soutenir la maison en cas de coupure ou pendant les pointes, si l’installation est compatible.
- V2G (Vehicle-to-Grid) : le véhicule peut rendre de l’énergie au réseau, avec une logique de pilotage (rémunération, contraintes batterie, etc.).
Le « projecteur dans les phares » fait partie de la même histoire : on empile des usages autour d’une grosse batterie. Le bon réflexe est donc de séparer l’effet wahou de l’utilité. Une fonction spectaculaire peut être rarement utilisée, mais les briques techniques qu’elle nécessite (gestion d’énergie, électronique de puissance, pilotage) peuvent servir à des fonctions beaucoup plus utiles.
Ce que ça change pour un particulier en France
Dans l’immédiat, le plus utile n’est pas de regarder si la voiture projette des dessins sur la route. C’est de vérifier trois points :
- Recharge : où, quand, et à quel prix allez-vous recharger ?
- Usage réel : vos trajets, votre fréquence, vos contraintes (hiver, autoroute, remorque…).
- Fonctions énergie : V2L/V2H, puissance disponible, conditions d’activation, limites constructeur.
Pour cadrer le choix, le Guide complet véhicule électrique aide à remettre les priorités dans l’ordre. Et si vous avez un projet solaire (ou si vous l’envisagez), le Calculateur de rentabilité solaire personnalisé permet de voir si l’électricité produite chez vous peut réduire, dans la vraie vie, le coût de recharge.
Conclusion : les gadgets passent, l’énergie reste
Oui, projeter un film avec des phares est une idée discutable. Mais elle pointe un mouvement durable : les voitures électriques deviennent des objets énergétiques. Et, dans un monde où le prix de l’énergie pèse de plus en plus sur le budget, les fonctions réellement utiles seront celles qui réduisent la facture, améliorent la résilience ou simplifient l’usage. Le reste fera de jolies démos.